dimanche 20 juillet 2008

Dis, c'était bien avant ?

Les gens d'avant. Parce que cinq ans de relation amoureuse, ça fait un sacré bail. Parce qu'en cinq ans, ma vie a entièrement changé. Et une partie de mon entourage aussi. Mais il reste les irréductibles. Et parmi les irréductibles, la copine de fac. Celle qui m'a connue avant. Avant le couple, avant la vie à deux, avant la signature d'un bail portant deux noms, avant le "je ne pourrai pas m'en sortir sans lui". Celle qui m'a connue célibataire dans dix mètres carrés avec une version de latin à finir pour le lendemain.(A peu près l'avenir qui m'attend dans les prochains mois - la version de latin en moins.) La revoir, c'est inscrire cette rupture dans la continuité - oula... aujourd'hui, je donne dans le paradoxe sémantique. Avec elle, cette relation devient un épisode de ma vie, certes central, fondateur, mais un épisode parmi d'autres. Avec elle, j'ai l'impression que les évènements prennent leur cohérence, s'ordonnent, s'enchaînent pour former le fil de la vie d'un individu précis : MOI.



Aglantine Parjadis De Larivière - en toute simplicité. Aglantine et ses fameuses mains pleines de doigts. Aglantine qui ne voulait pas venir me voir dans le 11ème parce que c'était trop craignos comme quartier (autant dire que Bagnolet, j'ai même pas proposé).



Un matin, j'étais dans la cour de la fac (attention, faites un effort et visualisez-moi avec dix kilos de cheveux rouge sur la tête, un sac tissé de type uruguayen, une jupe à fleurs ramassée dans une poubelle portée par-dessus un pantalon acheté aux puces). Je sortais d'un TD sur la Femme de Trente ans et j'étais en train de... bin oui, de fumer une clope bien sûr. Il faisait presque nuit encore, il faisait froid, et une immense fille avec un balayage blond, du rouge à lèvres et des mains pleines de doigts s'est approchée pour me demander du feu. Trois heures plus tard, je savais tout de son voyage en Espagne en classe de Troisième (véridique) et de la difficulté de porter un nom à particule. Avec Aglantine, on allait passer trois ans à (non-)déjeuner ensemble.



Quand Aglantine a débarqué à la Sorbonne c'était un être étrange. D'abord elle s'excusait toutes les deux minutes pour tout et rien de manière résolument absurde. Au bout de quelques semaines, elle a commencé à s'excuser de s'excuser parce qu'elle sentait que ça nous agaçait et que sa seule réponse dans ces cas-là c'était de s'excuser. Ensuite, elle a passé trois mois à expliquer à tous nos congénères qu'elle était ici par erreur. "Excusez-moi d'être dans ce temple du savoir avec vous". Qu'elle n'aurait jamais dû être admise à la Sorbonne (heu... ouais... mais c'est publique la fac tu sais Aglan, c'est pas sur dossier). Que de toutes façons, c'était évidemment le fruit d'une erreur administrative puisqu'il était impossible qu'elle ait eu son bac pour de vrai. Et ça, elle tenait d'ailleurs à s'en excuser parce que c'était pas juste pour nous que quelqu'un comme elle ait eu son bac. Autant dire que ce discours tranchait pas mal avec le snobisme ambiant où chacun rivalisait de citations rimbaldiennes.

Un jour, il faudra aussi que je raconte Romaric, notre ami de fac aristo, partouzeur, adhérent à l'Action Française et qui voulait devenir prêtre.

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6 commentaires:

Anonyme a dit…

Ça y est, tu l'as fait! Je suis devenue un personnage arpentant la dimension titiouesque (Eh oui, tu me crées un rôle, je peux bien t'offrir un adjectif...).

J'aime. Mes mains "pleines de doigts" et ma phobie du neurone... c'est bien le moi de l'ère Molinié.

Il faudrait que je réponde en expliquant qui était la Titiou de Malesherbes, celle qui roulait ses clopes sur la banquette en simili cuir d'Alain, le café savamment caché sous des monticules de copies estampillées de cette fameuse écriture en nœuds de filet. Et la même figure renfrognée à l'œil vif qui analysait les déboires de cette chère femme de trente ans, tentant tant bien que mal de survivre à la fin tragique de son amant, mort d'hypothermie à force d'attendre qu'elle se manifeste derrière la fenêtre de sa chambre.

La Femme de trente ans... On n'est pas si loin hein?
Pocs, Aglan.

diane a dit…

COOLOS.
(le commentaire aussi est coolos d'ailleurs)

didou a dit…

je valide. par pure curiosité, j'aimerais juste savoir ce qu'une "main pleine de doigt" a de plus qu'une main tout court

didou a dit…

DOIGTS avec un S d'ailleurs parce qu'il y en a beaucoup apparemment

Anonyme a dit…

Si cette demoiselle fait que les évènements de ta vie prennent leur cohérence... n'est ce pas plutôt ta relation avec elle qui est "l'élément fondateur" ??

Est-ce assez capilotracté ??

Celui qui connait...

Anonyme a dit…

Tu mets "Action Française" et "ami" dans la même phrase ?

Ca fait flipper, sans dec'...